Dax – 27 septembre 2020 – Daniel Luque et le novillero José Fernando Molina marquent la journée Pedraza de Yeltes.

Sous le signe de l’élevage Pedraza de Yeltes de Castraz de Yeltes (Salamanque) étaient organisées une novillada matinale et une corrida l’après-midi de ce dernier dimanche de septembre. Le propriétaire Luis Uranga recevait la médaille de la ville remise par le maire Julien Dubois auquel le public dédiait une longue ovation. En effet, par les temps qui courent et les mesures de restrictions sanitaires, Dax avait maintenu cette journée taurine et fait le pari de réunir jusqu’à 4.000 spectateurs dans les limites d’assistance autorisées et ainsi compenser, si cela était possible, l’annulation, due au Covis-19, des ferias habituelles d’août et septembre.  La commission taurine municipale se chargeait de mettre sur pied deux affiches attrayantes : une novillada avec quatre novilleros et une corrida formelle de trois matadors. Les novillos et toros étaient évidemment des produits de Pedraza de Yeltes. La veille au soir, Daniel Luque avait reçu trois prix pour l’ensemble de sa saison passée dans le Sud-Ouest – prestations à Vic-Fezensac, Dax et Bayonne – dont ceux de la Fondation Claude Popelin, de l’Association des Critiques Taurins de France – Section Sud-Ouest –  et de la Commission Taurine dacquoise. Malgré les éléments et fortes pluies constantes, les aficionados présents formaient l’espoir d’une grande journée taurine pour le lendemain après leur frustration de cette saison tronquée par cette satanée pandémie.

La novillada du matin

Le premier novillo, acapachado et un peu brocho était accueilli par Maxime Solera au centre de la piste, capote dans le dos pour des gaoneras bougées. L’impétuosité du novillo et les trois piques, chargées de loin et poussées, l’une  au-delà des deux lignes, auguraient le meilleur pour la suite. Le picador, une fois désarçonné, était ovationné : il avait tenu le coup mais placé la puya un peu en arrière… Quite embrouillé par chicuelinas de Francisco Montero. La faena n’avait pas la quiétude nécessaire, le manque de mando du novillero, la mobilité du novillo, ajoutée à la perte d’un sabot de la patte avant gauche, ces éléments accentuaient la tendance de l’animal à abandonner le combat et chercher le terrain du toril pour terminer contre la barrière. Dans cette position, Maxime Solera, gaucher, portait une estocade défectueuse très en arrière et tombée. Francisco Montero est un novillero andalou formé dans les capeas et n’est plus très jeune 28 ans – mais il déborde de fougue et enthousiasme – trop parfois – et en est récompensé par le public qui découvre un torero différent et non conformiste. Il allait à porta gayola pour recevoir le deuxième pedraza avec la cape d’apparat, capote de paseo, pour trois passes afaroladas à genoux !! La faena de muleta se déroulait à droite, irrégulière, une série terminée par la passe de poitrine à genoux.  Elle prenait meilleure forme par des naturelles de bonne facture, avec mando, le corps du torero incurvé vers l’avant et d’esthétique douteuse. Une passe circulaire inversée donnant la note, ensuite des bernadinas collées à la barrière, une débauche de passes finissaient par limer le caractère bravucón du novillo. Un avis sonnait avant un pinchazo et une estocade entière entrant droit. Une oreille était accordée malgré la demande minoritaire. Le tour de piste triomphal du torero donnait l’illusion d’un grand moment de toreo« El Rafi » touchait un novillo qui, après quelque hésitation, entrait « humilié » dans la cape. Deux piques arrières, poussées jusqu’aux tablas. Quite par saltilleras et revolera de José Fdo. Molina. Avec peu de déplacement au deuxième tiers, le novillo plus tempéré que ses congénères ne recevait pas de « El Rafi » le traitement qu’il demandait, du temple. Des passes accélérées, un jeu de poignet trop brusque, cachaient les qualités de charge, non exploitées, du novillo. Des passes circulaires inversées – c’est toujours la mode – précédaient une estocade verticale poussée en deux temps légèrement tombée qui couchait le novillo – un avis – et une oreille était concédée. José Fernando Molina, novillero d’Albacete, possède des attitudes toreras qu’il confirmait tout au long de sa prestation.  Le 4ème, de belle prestance, fin de hechuras, castaño de robe, montado et bien encorné, s’engageait bien dans de bonnes véroniques et la brionesa en terminaison. Les deux piques étaient bien signalées, un peu en arrière par « Tito » Sandoval applaudi. Le novillo était prompt à la charge, vif et attentif aux mouvements des capes et banderilleros durant de deuxième tiers. Brindis à Daniel Luque, présent dans le callejón. Les passes du début de faena – de tanteo – et la série de la droite qui suivait enseignaient le temple du jeune manchego. Les naturelles, longues, liées, confirmaient ses bonnes manières, il excellait dans les passes de poitrine tout comme dans une passe circulaire inversée enchaînée à un changement de main. La bravoure du novillo était constante jusqu’aux dernières manoletinas au centre du ruedo. L’estocade finale – une demi-lame un peu horizontale – et un descabello valaient unanimement une oreille. Le pedraza-de-yeltes était primé du tour de piste. L’éleveur avait tout lieu d’être satisfait de la prestation de ses produits avec la circonstance atténuante du premier, les trois autres montrant bravoure avec l’accessit décerné au dernier.

Maxime Solera : silence. Francisco Montero : un avis et une oreille. « El Rafi » : un avis et une oreille. José Fernando Molina : une oreille. Les novillos 2ème et 4ème ovationnés,  le 3ème applaudi à l’arrastre. Vuelta al ruedo du 4ème.  .

La corrida de l’après-midi

Le soleil du matin avait disparu pour laisser une température plus fraîche sans la pluie tant redoutée après les intempéries de la veille. A l’issu du paseo l’hymne espagnol et la Marseillaise rendaient hommage aux disparus victimes de la Covid-19. Les toros de Pedraza de Yeltes étaient de bonne présentation sans atteindre toutefois les allures imposantes de corridas précédentes dans le Sud-Ouest malgré les poids qui allaient de 570 à 605 kg. Les trois derniers avaient pratiquement cinq ans. Hormis cela, la déception finale était motivée par les baisses de régime en cours de faenas, les toros ne se livraient pas et restaient en deçà de leur attitude face aux picadors.

Daniel Luque sauvait à la fois son passage à Dax et l’après-midi car on retiendra surtout sa faena au 1er, un toro qui délaissait le capote après les bonnes véroniques de réception. A la suite des deux piques règlementaires, sans vraiment pousser, des signes de mansedumbre apparaissaient, distraction et absence de charge face aux banderilleros qui devaient passer en faux… Peu à peu Daniel Luque mettait ce toro dans la muleta, la deuxième série de la droite était plus complète. Il parvenait à le convaincre à charger malgré son manque de codicia. Sur la gauche, le ton montait et deux naturelles énormes confirmaient l’ascendant sur «Joyito», le mal nommé (petit bijou en espagnol). La grâce sévillane du torero de Gerena éclatait dans un pase del desprecio en s’éloignant au pas après les naturelles. Les inévitables luquesinas bouclaient une faena pleine de maîtrise et élégance. L’estocade entière légèrement desprendida et le descabello radical valaient une oreille largement fêtée par le public entendu. Au 4ème, après de bonnes véroniques et une bonne charge sur le côté gauche, Daniel Luque laissait le toro charger de loin pour la première pique. Sous le cheval, le toro poussait de la corne gauche dans le peto. A la deuxième rencontre, la puya bien placée, n’était pas appuyée par le picador de service. Ensuite, à la muleta, le manque de collaboration du toro empêchait la faena de décoller malgré l’effort du maestro de ne pas l’«obliger» outre mesure. A cela, il fallait ajouter une possible blessure de la patte avant droite. La dernière série,  des passes courtes, enroulant le toro autour de la ceinture, ne permettaient pas de remonter le courant. Pour terminer, une estocade al encuentro et un descabello. L’ovation finale récompensait Daniel Luque de sa belle prestation en terre landaise en dépit de la condition décevante de ses opposants.

Alberto López Simón voyait sortir du toril, un toro magnifique de présentation. Malheureusement, à la suite d’un derrote dans un burladero, il se rompait la corne gauche et il devait être remplacé par un sobrero du même fer. Sous la première pique, il poussait la tête haute et faisait sonner l’étrier. Sans trop de force, il ne recevait qu’un léger châtiment. Bonne paire de banderilles de Yelco Álvarez. La faena de muleta  allait decrescendo à mesure que les passes variées, sans doute forcées par le bas à un toro qui aurait mérité d’être conduit à mi-hauteur. De toute manière, sans classe, ce toro finissait par se défendre en fins de passes. Un pinchazo précédait une estocade tombée. Le 5ème, le seul toro noir du lot,  de belles armures, donnait de la corne,  jetait ses pattes antérieures dans la cape d’ALS, se retournait brusquement. Il s’élançait tout seul vers le cheval al relance et la puya ne pouvait être placée correctement. A la deuxième rencontre, il ne poussait que des antérieurs. La faena débutait par le désormais classique péndulo devant un toro à la charge et force limitées. Les passes répétées qui suivaient présagéaient la chute qui… se produisait. Avec noblesse, mais sans se livrer, là non plus, ce toro ne permettait rien de notable.  L’insistance de ALS de «citer» au plus près des cornes, d’égrener des passes courtes divisaient les réactions du public. Une estocade dans la croix passait presque inaperçue après un pinchazo et un avis…

Álvaro Lorenzo ne pouvait toréer à l’aise à la véronique le 3ème qui avançait la tête « humiliée » mais qui se retournait vivement en fin de lance. On assistait à un grand moment du tercio de varas, le picador Juan Bernal était ovationné après les deux piques et belles poussées du toro jusqu’aux tablas. Daniel Luque exécutait un quite par chicuelinas avant un bon tercio de banderilles assuré par Rafael González et Alberto Zayas. La faena ne revêtait pas l’importance que prétendait lui donner Álvaro Lorenzo : il s’agissait d’assujettir le toro à la muleta, mandar, alors l’animal n’avait ni la classe, ni l’impulsion pour y répondre. La faena devenait insipide. Une estocade portée en allongeant le bras mais bien placée en terminait avec ce toro anodin à la muleta. Le 6ème «pesait» dès sa sortie sur la cape mais finissait par sortir seul… La charge violente au cheval ressemblait plutôt à une défense qu’à une attaque de brave. Le picador tenait bon et le toro sortait suelto  dans toutes les directions compliquant par la suite le tercio de banderilles. La faena débutait pour s’ajuster à un toro gazapón et irrégulier dans sa charge dans la muleta. Le jeune tolédan baissait la main, maintenait la muleta à la vue du toro et réussissait à lier les passes. Une fois de plus, sans entrain ni bravoure, le toro acceptait des naturelles et des passes circulaires mais il tendait vers le toril… Une improvisation finale d’un mélange de naturelles en rond et mêmes de luquesinas ne convainquaient personne. Avec l’épée, un pinchazo, un metisaca et une estocade dans l’épaule mettaient un point final à cette dernière faena et à la journée taurine dacquoise dans la grisaille et un brin de déception.

Daniel Luque : une oreille ; saluts. Alberto López Simón : un avis et silence aux deux. Álvaro Lorenzo : saluts ; deux avis et silence. Rafael González et Alberto Zayas invités à saluer après les banderilles au 2ème. Le picador José Bernal ovationné au 2ème.

Georges Marcillac

Photos de Jean-Dominique Lacroix pour cultoro.com

 

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1 réponse à Dax – 27 septembre 2020 – Daniel Luque et le novillero José Fernando Molina marquent la journée Pedraza de Yeltes.

  1. Paco dit :

    Pour ma part, j’ai passé une bonne après-midi de toros ce jour là. Les Pedrazas ont su
    conserver l’intérêt tout au long de la corrida en affichant une caste, pas toujours la meilleure, qui a permis aux toreros d’exprimer leurs capacités. Bravo à Luque qui
    confirme sa grande forme et son domino , et qui, à mon sens méritait l’oreille de son
    second. Quant aux deux autres, je les ai trouvé en dessous des qualités de leurs opposants. Mais c’était tellement mieux que la corrida de Cabra de vendredi ou l’ennui
    provoqué par l’envoi de Juanpédros sosos et invalides ont ravi les 200 personnes présentes! Mais nous ne devons pas avoir les mêmes valeurs!

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