Madrid Las Ventas: Bilan et analyse de la saison taurine 2016 (I)

portada354Comme chaque année et pour la dernière fois la société Taurodelta, S.A. vient de publier le bilan numérique et artistique de la saison taurine qui vient de s’achever. En effet, comme tout le monde taurin le sait, c’est la société formée par Simon Casas Productions et la compagnie de voyages Nautalia qui remportait l´appel d’offre lancé par la Communauté Autonome de Madrid, CAM pour la gérance de Las Ventas. Taurodelta s’était également présentée avec un projet conservateur et se faisait coiffer sur le fil par Simon Casas qui présentait une offre ambitieuse, aussi bien économique qu’artistique, pour les quatre prochaines années. Las Ventas est considérée comme la première place taurine du monde et, de ce fait, son bilan et l’évolution de ses résultats sont et seront une donnée intéressante en ce qui concerne sa santé, bien sûr, mais aussi celle de la tauromachie actuelle et une base de référence pour l’avenir.

 Programmation et calendrier

Le nombre de spectacles taurins programmés pour 2016 (64) était identique à celui de la saison passée, bien que seulement 63 aient été célébrés car, durant la Feria de San Isidro, la corrida du 10 mai devait être annulée (et non reportée) pour cause de mauvais temps et mauvais état de la piste. Le décompte des spectacles est comme suit  :

  • Corridas de Toros :     36
  • Corridas de Novillos : 21
  • Corridas de Rejones :   4
  • Novillada mixte :            1
  • Recortes :                         1
  • Total :                             63

Depuis 2007, début de la crise économique à laquelle l’Espagne et la Tauromachie n’ont pas échappé, on a enregistré une diminution des spectateurs à Las Ventas, avec toutefois une légère augmentation de 1,7% en 2015 par rapport à 2014, mais, pour l’année écoulée, cette diminution s’est accentuée avec une perte de 50.204 d’entrées vendues pour un total de 657.268. Ce résultat négatif doit être pondéré par l’annulation d’une corrida – celle du 10 mai – qui aurait peut-être apporté de 15.000à 18.000 spectateurs compte tenu de la date et du cartel. Comme les années précédentes le taux de remplissage s’est stabilisé autour de 60%. Il est rappelé que la capacité de Las Ventas est de 23.798 spectateurs.

La Feria de San Isidro est, évidemment, le sommet de la saison à Las Ventas et dans ce cas, le taux de remplissage était de 89,7% pour un total de 30 spectacles – 23 corridas de toros, 3 novilladas et 4 corridas de rejones – et 620.000 spectateurs. En comparant ce résultat avec le total des entrées vendues sur toute la saison il est facile de voir que moins de 40.000 spectateurs ont assisté aux corridas et novilladas programmées hors San Isidro. Durant cette feria 8 corridas, dont une de rejones,  se sont déroulées à guichets fermés – le no-hay-billetes – donc  avec 100 % de remplissage. D’autres corridas enregistraient les taux suivants :

  • de 90 à 99 %: 8 corridas (y compris celle de la Beneficiencia) dont 1 de rejones
  • de 80 à 89 %: 6 corridas dont 1 novillada et 1 de rejones
  • de 70 à 79 %: 5 corridas dont 2 novilladas

Il est à remarquer que la corrida de Bienfaisance organisée par la CAM et celle de l’Association de la Presse, qui ne font pas partie de l’abonnement, sont toutefois incluses dans le cadre de la San Isidro et entrent dans les résultats et statistiques communiqués par Taurodelta, SA.

La saison avait commencé traditionnellement le 20 mars, dimanche des Rameaux, et se terminait le 16 octobre car à la date habituelle de clôture du 12 octobre, la corrida était reportée à cause d’un temps peu clément pour une telle célébration à cette époque de l’année.

Résultats artistiques

Comme l’an passé 118 matadors se sont produits à Las Ventas. Le tableau suivant indique que certains d’entr’eux ont fait plusieurs fois le paseillo :

tab-10

Deux matadors de toros ont été quatre fois à l’affiche : Jesús Martínez « Morenito de Aranda (9 toros dont 3 lors du mano a mano avec Iván Fandiño le 27 mars) et Sébastien Castella durant la San Isidro. Les quatorze autres matadors qui ont à leur actif trois corridas sont : José Garrido (7 toros dont ceux de la confirmation d’alternative et du mano a mano avec Curro Díaz le 1er octobre), Iván Fandiño (7 toros dont 3 pour son mano a mano avec « Morenito ») ; trois corridas aussi pour Alejandro Talavante, Manuel Escribano, Alberto López Simón, », Miguel Abellán, Andrés Roca Rey (confirmation d’alternative, le 13 mai) ; “Juan del Álamo”, Alberto Aguilar, Jesús Manuel “El Cid”, Fernando Robleño, Iván Vicente, Rafael Rubio « Rafaelillo » et « Roman » (confirmation d’alternative, le 19 mai). Viennent ensuite 12 toreros avec 2 prestations dont Julián López “El Juli”, David Mora qui réapparaissait après deux ans d’absence à Las Ventas, Diego Urdiales, Miguel Ángel Perera et Paco Ureña, tous trois à l’affiche de la San Isidro, seulement. Parmi les 32 autres matadors on notait, avec seulement une corrida, Enrique Ponce, José María Manzanares, « Juan Bautista » (qui perdait la corrida annulée du 10 mai) et Victor Barrio (), le 29 mai, dernière présence à Madrid…

Tout au long de la saison 8 confirmations d’alternative étaient concédées à : Juan Ortega t3004– 20 mars – Parrain Curro Díaz; Andrés Roca Rey – 13 mai – Parrain Sebastien Castella ; « Posada de Maravillas » – 15 mai – Parrain Alejandro Talavante; Juan Leal – 17 mai – Parrain Manuel Escribano ; “Roman” Collado – 19 mai – Parrain Enrique Ponce ; José Garrido – 20 mai – Parrain Julián López « El Juli »; Emilio Huertas – 21 août – Parrain David Galván; Sergio Serrano – 25 Septembre – Parrain Rubén Pinar.

En ce qui concerne les novilleros, 46 faisaient le paseo à Las Ventas dont 18 d’entr’eux deux fois et donc 28 autres seulement une fois. Des premiers, le Colombien Juan de Castilla  mettait à mort 6 novillos dont deux par suite des blessures de “Filiberto” et de Luis David Adame (Mex.), le 16 mai, face à une notable novillada de El Montecillo, de même que Tulio Salguero qui devait suppléer ses compagnons de cartel le 24 juillet (Pablo Belando, blessure grave) et David Martín (évanouissement). Des novilleros bien connus en France comme Juan de Castilla, Manolo Venegas (Vénézuelien qui accomplissait l’essentiel de sa saison en France), Pablo Aguado et Juan Carlos Carballo faisaient partie de ce contingent de novilleros présents avec deux novilladas, comme Daniel Menes qui toréait deux novillos en novillada formelle début juillet et deux autres durant la novillada mixte du 2 octobre. Avec une seule novillada, trois novilleros, considérés figuras, faisaient leur présentation et despedida à Madrid, le 9 mai, avant leur alternative à Nìmes pour la feria de Pentecôte. Il s’agissait d’Álvaro Lorenzo (de Tolède), Ginés Marín (de Badajoz) et Jonatan Blázquez « Varea » (de Castellón) qui passaient sans peine ni gloire devant un pauvre lot de El Parralejo. Luis David Adame toréait deux novilladas mais estoquait seulement trois novillos étant blessé, le 23 mai, une semaine après sa présentation. Le Péruvien Joaquín Galdós et le Français Clément Dubecq « Clemente » toréaient une seule novillada avant leur alternative à Istres (le 19 juin) et Zamora (le 30 juin) respectivement.

Des quatre corridas de rejones programmées pendant la San Isidro  on notait la présence des rejoneadores Diego Ventura, Leonardo Hernández et Sergio Galán en deux occasions alors que six autres toreros à cheval étaient présents une seule fois : Andy Cartagena, Manuel Manzanares, Rui Fernandes (Port.), Joao Moura (Port.), Pablo Hermoso de Mendoza qui confirmait l’alternative à la Française Lea Vicens le 4 juin.

Las Ventas est sans conteste la place où il est le plus difficile de couper des oreilles soit pour la sévérité des jugements du public, soit pour les décisions des présidents qui appliquent le règlement ou bien outrepassent leurs attributions. Par ailleurs, depuis quelque temps, à l’initiative de certaines associations taurines de Madrid, il est demandé avec insistance que la sortie a hombros de Las Ventas ne soit autorisée que par l’obtention des deux oreilles à un seul toro comme c’est l’obligation dans d’autres capitales taurines espagnoles. Ainsi serait relevé le niveau de la première place du monde et le retentissement d’un tel prix serait majeur. Le règlement taurin devrait être pour cela modifié et appliqué… Le tableau ci-dessous réunit les résultats enregistrés pour l’ensemble des participants. Seulement, durant 15 corridas de toros – sur un total de 36 – 26 oreilles étaient attribuées pour 216 toros combattus. On voit bien que le “rendement”  de trophées et succès sur toute la saison est assez faible, inférieur à une oreille pour deux corridas mais relativement plus satisfaisant si l’on considère le nombre des oreilles coupées lors des quinze corridas triomphales. Dans ce cas il est pratiquement égal à 2. Il faut savoir que bien des toreros ont perdu justement ces trophées par leur manque de chance ou d’efficacité à la mise à mort. Trois, au moins, furent récompensés par la vuelta al ruedo.

tab-20

En ce qui concerne les novilleros, la tâche est plus difficile et la chance de succès plus rare car seulement 10 oreilles étaient coupées sur les 21 novilladas et les 128 novillos combattus pour un rendement < 50% et < 10% respectivement.

Les rejoneadores furent plus heureux : ils provoquent habituellement l’enthousiasme d’un public plus “facile” et les résultats sont clairs, à cet effet : 4 puertas grandes étaient enregistrées pour 3 caballeros en plaza, et 18 oreilles pour les 4 corridas de la San Isidro soit une moyenne de quatre oreilles pour chacune d’entr’elles! Mais ce comptage ne reflète pas la réalité car un seul torero sur les neuf à l’affiche – Leonardo Hernández – coupait 6 oreilles, soit 50% du total, quatre autres toreros repartaient bredouilles.

Six matadors de toros avaient l’honneur de franchir la Puerta Grande de Las Ventas sur les épaules des aficionados après avoir coupé au moins deux oreilles par actuación. Curro Díaz inaugurait la temporada de Madrid, le 20 mars, par un franc succès devant des toros de Gavira le même jour où Juan Ortega confirmait l’alternative. Le torero de Linares lançait ainsi la meilleure saison de sa carrière et terminait en beauté le 1er octobre devant une corrida compliquée du Puerto de San Lorenzo confirmant en cette occasion sa  torería et vergüenza torera. Le 13 mai, jour de sa confirmation d’alternative, le Péruvien Andrés Roca Rey rééditait son succès de l’an passé, encore novillero, en coupant deux oreilles au 6ème de Nuñez del Cuvillo au terme d’une faena émouvante et d’une cogida au moment de la mise à mort. Presque jour pour jour, deux ans après sa terrible et presque fatale blessure, David Mora revenait à Madrid pour réaliser une extraordinaire faena et couper les deux oreilles au toro « Malagueño » de Alcurrucén primé de la vuelta al ruedo. La corrida de Beneficiencia du 1er juin voyait deux toreros sortir a hombros après qu’ils aient coupé deux oreilles à deux toros notables de Victoriano del Río. José María Manzanares signait sa meilleure faena, de empaque et esthétique, à Las Ventas et Alberto López Simón se jetait dans la bataille dans une faena irrégulière maldré cela dominée par la ligazón et l’émotion de l’estocade. Le mois d’août révèle ou confirme habituellement un torero à l’afición parsemée en ce mois estival. Cette année ce fut Javier Jiménez qui coupait une oreille à chacun de ses toros d’Antonio Bañuelo. Parmi les matadors de toros qui, coupant seulement une oreille, offraient de belles faenas, on citera “Juan Bautista” devant un bon toro de Montealto le 8 mai, Paco Ureña qui en deux occasions, les 11 et 22 mai, perdait un triomphe majeur à l’épée, de même que « Juan del Álamo » qui mettait dans son escarcelle deux nouvelles oreilles les 2 et 17 mai ainsi que Alejandro Talavante le 13 mai. Enrique Ponce et “Rafaelillo”, chacun dans son style devant des adversaires difficiles, étaient crédités de prestations imortantes.

   curro-diaz       arr

   david-mora       jm-manzanares

    a-lopez-simon      javier-jimenez

Aucun des novilleros ne passait la Puerta Grande de Las Ventas et il n’y eut vraiment aucunes révélations comme l’an dernier, telles qu’ Andrés Roca Rey et José Garrido, à l’exception du jeune mexicain Luis David Adame qui montrait les qualités qui le préparaient à l’alternative prise en septembre à Nîmes. Cette année 23 novilleros se présentaient à Las Ventas soit la moitié du total des jeunes toreros à l’affiche. Seuls Javier Marín de Cintruéñigo (Navarre), le 24/04, Luis David Adame de Aguascalientes (Mexique), le 16 mai, Daniel Menes de Madrid, le 03/07 et Aitor Darío “El Gallo” de Cuenca, le 10/07 coupaient une oreille alors que cinq autres pouvaient se contenter d’une vuelta al ruedo qui au moins leur laissera un bon souvenir mitigé: Pablo Aguado de Séville le 03/04, Juan Carlos Carballo de Cuenca le 10/04, Álvaro Lorenzo de Tolède le 09/05, Jesús Martínez de Madrid le 10/07 et Mario Sotos de Cuenca le 14/08. Le novillero sans picadors Francisco de Manuel, élève de la Fondation “El Juli” d’Arganda del Rey, remportait le 2 octobre la finale du Camino hacia Las Ventas après avoir coupé une oreille à deux erales de Jandilla et avait le privilège de sortir a hombros.

francisco-de-manuel

Trois rejoneadores, comme c’est désormais l’habitude, sortaient en triomphe de Las Ventas, Andy Cartagena, Sergio Galán et Leonardo Hernández en deux fois (21 mai et 4 juin)! La surprise vient de Diego Ventura, absent ce palmarès, aurait mérité un meilleur sort, victime de l’intransigeance du président de service, après une grande faena réduite à une seule oreille (le 7 mai)

 andy-cartagena        sergio-galan

leonardo-hernandez

Accidents et blessures

Pour la plupart des novilleros qui se présentent à Madrid, le prix du sang est souvent le résultat négatif en dépit de leur volonté et entrega sur le sable de Las Ventas. Cette année, en particulier, des voix se sont élevées pour déplorer les blessures endurées par treize novilleros mais surtout pour critiquer le déséquilibre entre le type de novillos – de hechuras et caractères de toros adultes – que doivent affronter des novilleros sans la préparation et expérience requises. Ces blessures plus ou moins graves ont parfois des conséquences fâcheuses pour la suite de la saison ou carrière de ces novilleros. Ce fut le cas des blessures “très graves” de Rafael Serna (section de veine saphène et fémorale, le 12 juin, novillo de Guadaira) et Pablo Belando importante contusion pulmonaire, 20 cm jambe droite, 10 cm fessier, le 24 juillet, novillo de Arauz de Robles) le jour de leur présentation. Quatre autres novilleros recevaient des blessures diagnostiquées comme “graves”. L’un d’entr’eux, Juan Carlos Carballo, restait indisponible pour le reste de la saison  après une double fracture tibia-péroné en accueillant à puerta gayola un novillo sobrero de Vista Alegre ; il avait coupé une oreille à son premier, aussi sobrero, de l’élevage de Benjamin Gómez…

    rafael-serna      pablo-belando

juan-carlos-carballo

Les matadors de toros, Gonzalo Caballero (12/05) et Rubén Pinar (le 25/09) écopaient des blessures les plus graves qui les conduisaient à l’infirmerie où ils étaient opérés. Curro Díaz et José Garrido étaient fortement contusionnés lors de la corrida du 1er octobre.

Pour un même nombre de corridas que l’an dernier, le bilan de 2016, en ce qui concerne les cogidas et surtout leurs conséquences, est comparable à celui de 2015 où l’on avait enregistré 22 accidents.  Au contraire des années précédentes les banderilleros et picadors étaient épargnés.

Georges Marcillac

Ce contenu a été publié dans Général, Georges Marcillac Escritos, Madrid. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.