Reflexions après les Fallas de Valencia.

Les feux se sont éteints, les fallas en cendres n’existent que dans le souvenir des falleros et des touristes photographes. Les Fallas 2017 sont mortes. Vivent les Fallas 2018. L’affiche taurine qui représentait le banderillero valencien  Manolo Montoliu, blessé mortellement il y a 25 ans à Séville par « Cabatisto » d’Atanasio Fernández, va peu à peu faner et disparaître des murs et banderoles de Valence. Cette semaine les éditoriaux et autres communiqués de la presse taurine analysent les résultats de cette feria qui s’est terminée dimanche par, justement, la corrida sur laquelle se concentrent les commentaires et la polémique. Le dernier toro de l’après-midi, « Pasmoso » de Domingo Hernández, était gracié dans un vacarme qui concurrençait les tracas et autres explosions à l’extérieur de la plaza. Cet indulto était contesté car, s’il fut un bon toro qui donnait lieu à une bonne faena de Alberto López Simón, «Pasmoso» n’avait pas eu de comportement exceptionnel aux piques – une chute qui empêchait de placer la puya, une piqûre seulement à la deuxième rencontre – mais sa fougue et ses charges continuelles sans «humilier» complètement furent sans doutes les motifs qui incitaient la majorité du public à demander sa grâce. Après quelques hésitations, le président Amado Martínez Cuadrado montrait le mouchoir orange.

Cette décision amène quelques réflexions qui d’ailleurs ne se limitent pas à ce dernier évènement. Un autre toro « Fusilero » de D. José Vázquez avait été gracié à Illescas (Tolède)(Plaza de 3ème catégorie) une semaine avant, indulto forcé!! par son non-matador José María Manzanares. Là, aussi il y eut divergences d’opinion. Tout d’abord, il est commun de dire que le public – le peuple – est souverain et qu’íl serait inconvenant d’ajouter des considérations malsaines à son égard. Toutefois, en matière taurine, au-delà de la sensibilité de chacun, il convient de s’arrêter à l’essence même de la corrida qui est un combat cruel et sanglant, parfois, où les valeurs de courage, d’abnégation et de création de beauté sont sous-jacentes qui, lorsqu’elles se manifestent, rendent ce spectacle transgresseur le plus émouvant et extraordinaire qui soit. Cette transgression est la moins comprise ni acceptée par le public moderne et non averti des règles tauromachiques qui ne veut plus voir les toros piqués, encouragé par le torero qui enjoint le picador de service de «doser» le châtiment par le « vale, vale » et de lever aussitôt la pique. Là, le grand public sensible à cette épreuve, pourtant si belle et nécessaire (lorsqu’elle est pratiquée selon les canons à un toro brave) n’attend que la faena du matador qui aura, à la fin, intérêt à porter une épée concluante sans que l’on se soucie de son positionnement. La question qui se pose est ¿Doit-on aller vers des corridas aseptisées et sans effusion de sang? Le nombre et superficialité des passes à des toros souvent moribonds est le gage du succès sans que l’on s’intéresse à l’interprétation et/ou pertinence des suertes. Souvent il est dit que le jeu du torero est un ballet – parfois mortifère (certains me diront, à coup sûr, pour l’animal…) – et la tendance est que les faenas se réduisent à cette succession de passes où le toro n’est qu’un comparse innocent et complaisant. Car c’est bien là que le bât blesse, l’émotion créée par la beauté de la lidia et des suertes fondamentales est remplacée par l’euphorie, l’enivrement de la multiplication des passes que les maîtres figuras actuels dominent parfaitement. L’indulto de dimanche dernier est l’exemple type de cette situation, même si des aficionados modérément critiques s’opposaient à cette décision, qui ne faisait que confirmer une mode qui semble réjouir le public spectateur et acteur à la fois qui, au sortir de la plaza, sera persuadé d’avoir assisté à un évènement historique.

L’indulto est la consécration de la bravoure et de la caste du toro dans les trois tiers spécialement, n’en déplaise aux taurinos modernes. Simon Casas, qui en fait partie, déclarait que cette corrida de dimanche dernier avait été « historique ».  Si ce n’avait été l’égarement du président, elle aurait été qualifiée simplement d’importante, certes,  car les toreros, chacun selon son style, avaient rempli leur contrat et satisfait le public – Julián López « El Juli et Alberto López Simón sortaient a hombros  alors qu’Alejandro Talavante était malheureux à l’épée – sans que les toros, dans leur ensemble, aient montré des qualités exceptionnelles. Un autre exemple : on ne saura jamais pourquoi le deuxième toro de « El Juli » était primé de la vuelta al ruedo donnant lieu à une bronca au président déjà contesté. Simon Casas et son équipe, ont fait leurs bagages pour Madrid où démarre la temporada ce dimanche 26 mars. Il faut espérer que les novillos et toros de ces prochains dimanches et ceux de la San Isidro seront de meilleure présentation que ceux de Valence car les aficionados madrilènes attentifs aux résultats des Fallas seront intraitables à Las Ventas.

« Pasmoso » est de retour à l’élevage de Domingo Hernández. Il n’aura pas de mal à guérir ses blessures… ceci dit sans (trop) d’ironie. Dès l’automne, il aura à sa disposition un groupe de vaches sélectionnées et dans cinq ans ses fils pourront, il faut le souhaiter, montrer les mêmes qualités que leur géniteur… Mais comment aura évolué la fiesta brava dans cinq ans ?

Georges Marcillac

Ce contenu a été publié dans Général, Georges Marcillac Escritos. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

1 réponse à Reflexions après les Fallas de Valencia.

  1. comte Myriam dit :

    merci Georges Bonne course dimanche ou tu seras très certainement pour l’ouverture de la temporada à Las Ventas
    Myriam

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.