Madrid 27 septembre 2019 – 1ère de la Feria d’Automne – Puerta Grande de Tomás Rufo: promesse de futur?

La première de la Feria d’Automne accueillait une novillada de Fuente Ymbro (ganadería qui en était à sa cinquième présence à Las Ventas, cette année, avant la prochaine du 4 octobre…) Face aux produits de Ricardo Gallardo, éleveur prolifique, , on trouvait trois novilleros qui ont marqué la saison taurine qui s’achève: le Nîmois Raphael Raucoule « El Rafi » dont c’était le premier paseo à Madrid, Tomás Rufo, vainqueur des novilladas nocturnes de juillet et Fernando Plaza qui avait fait bonne impression au cours de ses deux passages dans ces mêmes arènes, cette dernière saison aussi. Les novillos de Fuente Ymbro, de bonne mais variée présentation, montrèrent un comportement aussi varié, nobles en général et acceptant sans excès les piques règlementaires. Les 4ème et 6ème n’aidèrent guère les novilleros. Certains par leur manque de fixité, sans se livrer ni dans les capes ni dans les muletas, ils donnaient des signes à la limite de la mansedumbre – surtout le 4ème – heureusement cachés par les jeunes toreros qui, eux, «en voulaient». L’exemple même fut le 5ème, un novillo/toro de 538 kg, applaudi à l’arrastre, alors que c’est Tomás Rufo qui le «faisait» et le rendait meilleur par sa maîtrise et fougue de novillero avide de triomphe.

C’est finalement ce qu’obtenait le novillero de Talavera la Reina, en toute justice, au terme de ses deux faenas, de muleta puissante – de poder – et une facilité pour trouver le terrain adéquat, d’y rester, et surtout de placer des épées concluantes au premier essai. Son premier, suelto, qui s’était échappé de la deuxième pique et rendait désordonné le tercio de banderilles, confirmait cette impression de charge descompuesta, en début de la faena entamée par des statuaires. Néanmoins Tomás Rufo se «mettait» avec le novillo, l’entreprenait par des naturelles, muleta basse,  convaincante. La faena fut courte, presque essentiellement sur la gauche. En conclusion d’une série de naturelles,  une passe de poitrine, énorme, presque en cercle complet recevait l’adhésion et l’ovation d’un public conquis. Les doblones lents et « templés » furent suivis d’une estocade entière, un peu en arrière mais efficace. L’oreille était fortement demandée et concédée.  Au 5ème, un beau novillo noir salpicado, la faena n’était peut-être pas aussi bien ciselée que la première mais la entrega du novillero, sa torería, sa façon de se sortir de situations critiques faisaient oublier l’imperfection de certaines passes… Toutefois, sans une passe de tanteo, il avait « mis dans sa poche » le novillo dès une série limpide de naturelles, ce même novillo qui, précédemment, avait eu tendance à se désintéresser des capes… Après des séries de naturelles moins réussies mais volontaires et bien au-dessus de la qualité des charges du novillo, il terminait par des passes ayudados por bajos, très prisés à Las Ventas, avant de porter une grande estocade, légèrement en arrière, qui roulait le bicho. L’oreille était unanimement demandée, la deuxième aussi, celle-ci non satisfaite. En tout cas une belle surprise pour cette double prestation, celle d’un novillero plein de qualités, qui avait su aussi varier son jeu à la cape, répondant au quite de Fernando Plaza, par gaoneras serrées au 2ème, conduisant au cheval le 5ème, par chicuelinas al paso.

Raphael Raucoule « El Rafi », repartait après deux silences, malgré les applaudissements au cours de faenas sans grand relief autant par les charges réduites du 1er que par celles, molles et isolées, du 4ème. Malgré tout, et ce fut sa seule vertu, il avait su maintenir au centre du ruedo ce novillo, qui sortait de la muleta sans vraiment l’intention de charger à nouveau sinon forcé pour la passe suivante. « El Rafi » tentait d’animer la fin de sa deuxième faena en alternant les passes des deux mains sans l’épée ayuda, sans réponse du public… Deux coups d’épée en estocade verticale et al encuentro avec bajonazo, respectivement, ponctuaient une prestation plate et sans volonté apparente de faire valoir sa première présence à Madrid.

Fernando Plaza touchait les deux novillos les moins aptes à de grands exploits. Avec le même inconvénient que ses congénères, sans se livrer dans la muleta, le 3ème ne permettait pas de faena continue, rechignant à entrer deux fois de suite dans la muleta. Deux demi-estocades horizontales requéraient le descabello, obtenu au premier essai. Le 6ème, « protestait » dans les capes, avançait rebrincado dans la muleta, par à-coups, même topón. Le jeune Madrilène ne pouvait que montrer sa fermeté devant des arrêts devant la muleta. Il se croisait à la limite des cornes et de l’embroque incertain du novillo. Il osait des bernadinas finales pour confirmer sa volonté et vaillance. La mise à mort, en plusieurs entrées, un atravesada contraire, une autre tombée, entrecoupée de pinchazos et un avis, n’empêchaient les applaudissements reconnaissants pour les efforts consentis muleta en main.

« El Rafi » : silence aux deux. Tomás Rufo : une oreille ; une oreille et deux vueltas. Sortie a hombros. Fernando Plaza : silence ; un avis et saluts. Rafael González et Fernando Sánchez, de la cuadrilla de Tomás Rufo, saluaient après la pose des banderilles au 5ème.  “Morenito de Arles” et Ángel Gómez Escorial aux ordres de “El Rafi” se distinguaient dans la brega et aux banderilles.

Georges Marcillac.

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