BILBAO Mano a Mano EL JULI – URDIALES

EL JULI                                                                     URDIALES

JuliUrdiales

 

 

 

 

Juglar Garcigrande

Favirito Alcurrucen

 

 

 

 

A l’issue de la Semana Grande de Bilbao 2015 les prix ont été accordés, Urdiales triomphateur, le toro Ferretero de Jandilla meilleur toro et Roca Rey meilleur Novillero.

La controverse de la Feria est celle qui a tourné autour des deux oreilles demandées avec force par le public et refusées par le Président au Juli pour sa prestation à son second toro de Garcigrande le 27/08.  Si cette oreille avait été accordée il eut été intéressant de voir si le prix du triomphateur aurait été attribué  à El Juli.  Je pense que oui et mon avis est que cela aurait été une terrible injustice pour Urdiales.

Le plus compliqué dans l’analyse de ce qu’il s’est passé dans le ruedo durant les deux corridas concernées est, comme pour toute corrida, de faire la différence entre ce qui relève de l’opinion et ce qui résulte d’une pure analyse des faits.  J’essaye autant que faire se peut d’introduire dans mes chroniques le maximum d’éléments descriptifs afin que celles-ci ne soient pas une litanie de mes opinions et goûts.  Dans les chroniques il y aurait beaucoup à rajouter si on voulait vraiment aller jusqu’au bout des analyses.  Je tente donc de ne retenir que l’essentiel, celui qui me parait utile pour que chaque lecteur puisse se faire une opinion.

A l’occasion de quelques conversations avec des Aficionados, dans les jours qui ont suivi la prestation du Juli,  j’ai bien noté leur incompréhension lorsque, convaincus, à priori, de la réponse que j’allais donner, ils me demandaient si j’avais aimé El Juli.  Je voyais bien toute l’incrédulité dans leur regard lorsque je leur répondais que non.  Le point commun entre tous :  leur certitude d’avoir raison sur la superbe prestation du Juli, sans véritablement avoir envie de rentrer dans le fond de l’analyse.  Je me propose donc de le faire maintenant en ne relevant que des faits que chaque lecteur est en mesure de vérifier en revoyant les images des deux prestations de El Juli et d’Urdiales que je me propose de mettre en parallèle.  Je pense sincèrement que les  lecteurs qui accepteront de se soumettre à l’exercice en ressortiront intéressés.

Le plus difficile lorsque l’on voit une corrida c’est d’une part de juger du comportement du toro et de son évolution en continue, tout en percevant les choix techniques des toreros au cours de la lidia.  A posteriori nous aurons plus de temps pour le faire et cette analyse pourra servir comme base de réflexion ultérieure.

Pour Juli le toro de la discorde est son second de nom Juglar. A sa sortie en piste le bicho est de comportement abanto conséquence d’une touche de mansedumbre qui ne pose comme difficulté qu’une certaine distraction.  Le toro ne remate pas aux burladeros, ne fait pas mine de poursuivre les cibles tête baissée et se retourne en arc de cercle et ses démarrages sont progressifs. Il ne montre aucune mauvaise intention et aucun débordement de vivacité.  Le trapio de l’animal est très neutre, bien en dessous de ce qui est attendu à Bilbao.  Face à ces circonstances Juli opte pour ne pas toréer de cape et demande au président de changer de tercio.  Il ne tente pas d’attaquer le toro,  au moins pour démontrer que le toreo de cape est impossible.

Dans le même temps Diego Urdiales est face à Favorito d’Alcurrucen.  Le toro est bien présenté, offensif de trapio, montado, avec un morillo prédominant, les cornes se rapprochant à l’extrémité et se recourbant en arrière, cornivuelto, ce qui est perçu comme étant un trapio agressif par les toreros. Lui aussi ne remate pas.  Cependant ses attaques vers ses cibles se terminent par un geste d’agression tête baissée et lorsqu’il se retourne il pivote sur ses pattes avants.  Ses démarrages sont des accélérations.  En comparaison il est plus vif et agressif que le Garcigrande du Juli, présentant des complications pour le torero.  Dans ces conditions Urdiales décide de l’attaquer et montre ce faisant les difficultés posées pour le toréer à la cape.

Au cheval le Garcigrande se comporte en manso contournant le cheval ou en s’enfuyant dès le contact.  Il n’est quasiment pas piqué.  Le président se soumet à la demande de changement de tiers faite par El Juli.  L’Alcurrucen, quant à lui, s’emploie sous le fer, d’abord avec un peu de mansedumbre,  puis plus franchement à la seconde rencontre.

Durant le tiers de banderilles le Garcigrande passe de charges freinées à une dernière charge profonde en humiliant alors que l’Alcurrucen termine en se défendant tête haute pour empêcher la pose des banderilles.

A cet instant Urdiales décide de brinder son toro au public alors que El Juli ne le fait pas.

Les deux toros débutent les faenas en dévoilant des charges franches, légèrement fébrile celle du Garcigrande et plus ouverte que celle de l’Alcurrucen qui reste collé.  Ceci peut être le résultat du cite de chaque Maestro.  Les deux toreros ont testés leurs adversaires par un tanteo exécuté par le bas, chacun dans son style propre.  Les deux toreros décident de poursuivre par deux séries à droite, Urdiales positionné de trois quart, jambe de sortie avancée, le Juli plus de profil, les deux toreros avec le corps redressé, imposant des trajectoires profondes qui arrachent des Olés criés, gutturaux, de ceux qui font vibrer les toreros autant que le public transporté.  Ensuite les deux toreros prennent la gauche. Urdiales pour une série a menos moins réunie que les droitières, Le Juli a mas en donnant ses meilleurs muletazos, profonds qui déclenchent de nouveaux Olés gutturaux.  A ce stade le Juli a l’avantage.  Il maîtrise la situation et a pris la totale mesure de son adversaire.  Urdiales quant à lui doit remonter la pente.  C’est un moment clé où les deux toreros prennent des décisions opposées.  Urdiales revient sur la main gauche pour réussir ce qu’il avait laissé en suspend sans renoncer un instant à la qualité de son positionnement et à la profondeur des trajectoires.  Il poursuivra ainsi jusqu’aux trincherillas exquises et il ne cessera d’entendre rugir les Olés criés et gutturaux.  Le Juli quant à lui décide de changer de stratégie et d’appliquer son  toreo de prédilection plus espacé, contorsionné qui impose une trajectoire longue au toro en contrepartie d’un espacement avec le corps du torero.  La grande majorité du public lui montrera son appréciation avec des applaudissements et des Olés chantés.  Mais il n’entendra plus du tout les Olés criés et gutturaux du début de sa faena qui se sont éteints avec le choix technique du Juli.   Il faut ici bien prendre le temps d’écouter les bandes sonores des vidéos pour constater la réalité de ses différences et surtout bien faire la différence entre les différents types de réaction du public.

La faena d’Urdiales est plus courte, plus exposée, moins spectaculaire dans la variété que celle du Juli.  Mais son intensité est adoubée par les Olés criés et gutturaux.  Elle est basée sur l’intensité alors que celle du Juli mise sur la longueur, la variété, le spectaculaire et la quantité.

Alors que les toreros décident de prendre l’épée, il ne fait aucun doute pour le chroniqueur que je suis que les deux toreros ont objectivement une chance de couper deux oreilles.  Même si je n’ait apprécié que celle de Diego Urdiales à titre personnel, je saisis bien que le public est enthousiasmé par la prestation du Juli.  Une bonne mise à mort du Juli pourrait me motiver à demander une oreille,  alors que j’attend avec impatience la mise à mort d’Urdiales pour solliciter les deux.

Encore une fois les deux toreros vont faire des choix diamétralement opposés.  El Juli qui sait qu’il est au bord d’un grand triomphe applique sa technique du Julipie, prenant consciemment le risque d’une épée défectueuse comme les siennes le sont habituellement.  Il n’a pas eu l’ombre d’une hésitation à le faire, tout en   sachant parfaitement que Matias Gonzalez a toujours dit qu’il n’accorde pas les deux oreilles si l’épée est défectueuse. Ceci est de notoriété publique depuis des années.  Rien n’empêchait El Juli pour cette fois de tuer de verdad.  

Urdiales, quand à lui,  n’a pas douté et n’a pas hésité.  Il a toréé la tête du toro avec la main gauche et a enfoncé l’épée, les deux pieds touchant le sol, avant de passer le guichet des cornes.  Il a pris le risque et en a été récompensé.

Ce type d’analyse permet de structurer les choix que l’on fait et les goûts que l’on défend. Les statistique de Mundotoro montrent que la majorité des lecteurs a préféré, d’un courte tête, la prestation du Juli.  Je préfère résolument, après analyse et sans hésitation, la prestation de Diego Urdiales.  Une dernière remarque, je faisais partie de ceux à l’origine des Olés criés et gutturaux tant pour les trois premières séries du Juli que pour toute la faena d’Urdiales, à l’exception de sa première série à gauche.  René Philippe Arneodau.

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1 réponse à BILBAO Mano a Mano EL JULI – URDIALES

  1. bruno Labrit dit :

    Analyse très intéressante. Merci pour tous ces détails .

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